"Tu crois qu'on prononce Molla ou Mollar?"
Je m'excuse d'entrée de jeu pour le titre de l'article. Je souffre en effet depuis quelques jours d'une pathologie plutôt courante en ce beau mois de mai. Je veux bien sûr parler du "syndrome
aigu de l'étudiant en fin de semestre". Et les symptômes sont plutôt désagréables. Je m'explique: mon cerveau est envahi de publicités sur les vins de Bordeaux, de prix de coton-tiges en
Thaïlande et en Corée du Sud, de conventions de stage, de noms des grands magnats de l'intelligence économique, ou encore, de statues perses à tête de cheval. Tout cela a bien sûr un rapport avec
les travaux que je dois réaliser dans le cadre de mon Master.
Heureusement, le pire est déjà passé:
- business plan sur la commercialisation de coton-tiges en Asie: checked
-adaptation d'une publicité sur les vins de Bordeaux au marché britannique: checked
- réalisation d'un dossier d'intelligence informationnelle portant sur les équipes multiculturelles: checked
Mauvaise nouvelle, les examens sont loin d'être terminés: ce qui m'occupe en ce moment (entre autre), c'est la rédaction d'un dossier sur les stéréotypes. Sujet un peu plus léger, je vous l'accorde. J'ai donc entrepris de me lancer sur un sujet un peu sensible ces derniers temps: l'Iran. D'où, et nous y arrivons enfin!, le titre du billet. J'avoue que la prononciation du mot "Mollah" me perturbe un peu : étant donné qu'on prononce les H du nom du président iranien comme des R, (MaHmoud AHmadinejad devient MaRmoud ARmadinejad), doit-on utiliser le même procédé pour "le régime des Mollah"? Ce qui rendrait au final l'expression plutôt comique.
Outre cette petite boutade, le sujet de ce dossier, que j'ai baptisé "L'Iran dé-voilé: stéréotypes et représentation médiatique de l'Iran en France" est vraiment passionnant. C'est à la suite d'une lecture un peu fortuite que j'ai eu envie de m'y intéresser de plus près : un peu par hasard, en surfant sur les pages du Monde.fr, j'ai atterri sur le blog spécial Iran d'Armin Arefi, journaliste franco-iranien et auteur du livre Dentelle et Tchador (éd. l'Aube). Autant dire que le titre a eu l'effet escompté: quelques jours plus tard, alors que j'écumais les rayons de la FNAC à la recherche du troisième tome de la série Twilight (je me suis laissée prendre par la fièvre adu-lescente), je tombais -encore par hasard!?- sur le livre en question. En quelques secondes, j'avais oublié le but de ma mission première et me retrouvais, Dentelle et Tchador en mains, un étage plus bas, histoire de régler l'addition. Et pour rester autour du champ lexical du culinaire, j'engloutissais la bête en moins d'un week-end.Au fil des pages, l'auteur nous conte avec humour sa vie quotidienne au "Royaume des Aryens" (c'est en effet le sens du terme "Iran"): le résultat est plutôt décapant, et l'on y découvre l'enver du tchador. Un voyage "sous la jupe des mollah", comme le dit l'auteur, très divertissant.
Pour tout vous dire, je me suis lancée dans l'aventure un peu à l'aveuglette: avant ça, pour moi l'Iran, c'était un pays du Moyen-Orient parmi d'autres. Un peu comme l'Irak, un peu comme l'Arabie-Saoudite, ou encore l'Aghanistan, un bourbier, une terre de conflits et de violence. Un pays en forme de turban, couleur noir-tchador, et aux reflets vert-révolution/rouge-répression. Sans parler de l'arme nucléaire, du machisme, de la misère, de la violence. Du terrorisme. Bref, un tableau en nuances de gris et noir que nous peignons nous-même, sous l'influence des médias. Car, je ne rejette pas la faute sur eux (du moins pas entièrement) : il me semble plutôt que les artistes de cet effrayant portrait ne sont autres autre que nous-mêmes. Parce que nous sommes incapables de faire le différence entre un régime et un peuple : si le régime est ainsi, c'est que les habitants aussi, point. Nous refusons de faire preuve de discernement et de recul, nous préférons généraliser et catégoriser.
Au final, le stéréotype est un mécanisme bien humain. Le proverbe s'inversera ici: pourquoi faire compliqué lorsque l'on peut faire simple. Et je l'avoue, je suis moi-même la première victime de la "stéréotypisation" et une experte dans l'art de mettre les gens dans des cases.
Fleur de prunier
Une maiko préparant le thé





